Quentin Dutertre, Mathieu Lachaise, Blanche Collard, and Emmanuelle Baudry

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Les émotions que nous ressentons envers les animaux sauvages influencent la manière dont nous les protégeons. Dans un contexte de déclin de la biodiversité, il est donc essentiel de comprendre comment ces émotions se construisent. Nous nous sommes intéressés au jardinage, une activité reconnue comme vectrice d’émotions positives envers les espèces, et nous avons cherché à savoir si son influence dépend des rôles que jouent les animaux dans le jardin.
Pour cela, nous avons interrogé 1 000 personnes représentatives de la population française. Nous leur avons posé des questions sur leurs interactions avec la nature, en particulier sur leurs pratiques de jardinage dans les jardins domestiques. Nous leur avons également présenté 53 photos de différentes espèces animales, comprenant des vertébrés et des invertébrés, certains utiles au jardin potager et d’autres pouvant poser problème. Pour chaque photo, les participants ont exprimé leur niveau de compassion, de peur, de dégoût et d’appréciation esthétique envers l’espèce représentée.
Nos résultats montrent que vivre dans une maison avec jardin est associé à plus d’émotions positives et moins d’émotions négatives envers les animaux sauvages, vraisemblablement grâce à l’opportunité offerte d’interagir plus fréquemment avec la nature. Le jardinage fait partie de ces interactions, mais ses effets varient selon les espèces. Chez les personnes investies dans le jardinage potager, un engagement plus important est lié à des émotions plus favorables envers les insectes qui régulent les ravageurs des cultures. En revanche, nous n’observons pas de changements similaires pour les autres espèces bénéfiques (les pollinisateurs et les décomposeurs de la matière organique du sol), ni pour les ravageurs eux-mêmes.
Dans un contexte d’urbanisation croissante et de raréfaction des contacts avec la nature, nos résultats ouvrent deux pistes de recherche. D’une part, les jardins domestiques semblent être des lieux particulièrement intéressants pour renforcer des émotions positives envers les animaux sauvages, ce qui appelle à mieux comprendre quelles activités en sont responsables. D’autre part, si le jardinage fait partie de ces activités, ces changements d’émotions semblent être liés à une meilleure compréhension des fonctions écologiques de certaines espèces dans le jardin potager, une hypothèse qui reste à tester plus explicitement.